Le mot de Bernard Devert (28/10/2022)

BernardDEVERT-reduit.jpgL'Heure solidaire, un appel à entrer en résistance.

Dans la nuit du samedi 29 au dimanche 30 octobre, nous gagnons une heure de sommeil pour reculer d’autant les aiguilles de nos montres.

Une heure gagnée ! Qu’allons-nous en faire, plonger la solidarité dans l’hivernation ? Serait-ce bien raisonnable quand nombre de nos concitoyens sont en recherche d’un toit à l’avant-veille de l’hiver pour se protéger de sa rigueur après avoir supporté celle des chaleurs de l’été.

Les conditions climatiques, quelles que soient les saisons, sont toutes aussi sévères pour le corps, sans que le corps social en soit affecté. Il s’est habitué au sens où l’exprime Péguy.

L’attente est longue pour disposer d’un logement très social, décent. Au fil des décennies, que d’appels désespérés venus de la rue : « où vais-je loger ce soir, ou demain ; je vous en conjure, j’ai des enfants, aidez-moi ». Les heures passent avec les bonnes et mauvaises nouvelles, mais rien ne bouge vraiment !

Si ce changement d’horaire nous invitait à changer afin que s’éveille dans la nuit des plus vulnérables, une lueur laissant entrevoir la chance d’un possible auquel l’heure solidaire donne rendez-vous.

Dans ma précédente chronique, j’évoquais cette maman logée dans un quartier socialement équilibré après avoir été hébergée, trop longtemps, dans une cité paupérisée ; elle ne cache pas son bonheur de permettre à ses enfants d’accéder plus facilement à l’égalité des chances, mais elle s’attriste de ne pouvoir attendre de ses voisins qu’une indifférence polie.

Quelle en est la cause : sa couleur de peau ; une différence toujours pas acceptée ! Que de retards accumulés pour faire place à la fraternité.

A l’énoncé de ce constat, j’ai verdi, puis rougi de colère, d’où ma détermination renouvelée à bâtir des liens qui restaurent la réconciliation.

Cette lutte est une invitation à regarder ‑ à commencer en moi-même – ce qui est inachevé et lézardé. La plénitude se dessine là où la vie signe la bienveillance et une solidarité active ; alors, commence une avancée, une heure nouvelle, créatrice d’espérance.

Les aiguilles des montres et des horloges que nous avancerons nous aiguilleront-elles vers ce ferme refus de la passivité et de la patience au regard de ces maux qui agressent les plus fragiles.

L’heure solidaire, l’appel à entrer en résistance, quel combat ! il n’est jamais fini. L’accepter, c’est briser le miroir où l’on ne voit que soi, ou les mêmes, pour regarder résolument le réel tel qu’il est, en lui offrant l’immensité du possible, ce ‘nous’ bien décidés à agir

Quelle magnifique heure ! Ne la manquons pas, elle laisse la trace mémorielle d’un infini qui nous fait grandir en fraternité.

Bernard Devert
Président-fondateur
Habitat et Humanisme

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